2 livres pour instruire les App∴ et les Comp∴

Le Nombre 5

Comme vous avez pu le lire au chapitre intitulé « L’essence de notre travail de Compagnon », chacun des trois degrés de la Maçonnerie symbolique est marqué par un nombre distinctif. Dans les rites continentaux, il indique l’âge propre au degré. Il se reflète un peu partout dans les différents éléments symboliques qui constituent ce grade. Ce nombre doit être entendu de façon conforme à la science traditionnelle des nombres, c’est-à-dire qu’il doit être interprété dans un sens analogique, symbolique et anagogique[1]. Donc rien d’étonnant à ce que vous l’ayez effectivement entendu car matérialisé par la Batterie de Compagnon.

La rythmopée[2] de cette batterie varie selon les rites : au REAA cinq égaux ; au ROS, cinq également, les deux premiers rapprochés, le troisième espacé et les deux derniers espacés ; au RF et aux Rites Égyptiens deux rapprochés suivis de trois espacés ; au RER, neuf en trois fois, deux rapprochés suivis d’un long, sans acclamations ; aux rituels anglo-saxons trois coups, un puis deux.

Dans ses dialogues autour du « Connais-toi toi-même » - et - « Rien de trop », Plutarque[3] insiste particulièrement sur le nombre cinq, celui de la lettre Σ (ei), qui relie les sentences gravées sur la porte du temple de Delphes, « …qui a un si grand empire sur toute la nature, et dont les sages ont tiré le terme qui signifie compter ? »

Cinq est le nombre né de l’union du deux (2), premier nombre pair et féminin, avec le trois (3), deuxième nombre impair et masculin ; c’est justement pour cette raison que le cinq fut considéré par les pythagoriciens comme un nombre nuptial.

Cinq a de plus cette faculté particulière que multiplié il produit alternativement une dizaine, puis un nombre qui le contient, et ainsi de suite jusqu'à l'infini, en quoi il est l'image de cette cause éternelle qui régit l'univers, c’est pourquoi Pythagore[4] l’avait comparé à la nature.

Les anciens représentaient le monde par le nombre cinq. Diodore[5] en donne pour motif que ce nombre représente la terre, l’eau, le feu et l’éther (ou spiritus). De là l’origine de pentè[6] qui, en grec, veut dire cinq et de pan qui signifie tout. Platon dit qu'il n'y a qu'un seul monde, ou que s'il en existe plusieurs, il ne peut pas y en avoir plus de cinq. Mais, en supposant que celui que nous voyons soit unique, comme le pense Aristote[7], il est du moins en quelque sorte composé de cinq mondes : « la terre, l'eau, l'air, le feu et le ciel », que les uns appellent la lumière, les autres, l'éther, d'autres enfin, la quintessence. Cette dernière substance est de tous les corps le seul qui tienne de la nature, et non de la nécessité ou du hasard, ce mouvement circulaire qui lui est propre. C'est aussi par analogie aux cinq formes les plus belles et les plus parfaites qui soient dans la nature que Platon[8] a assigné à ces cinq mondes la pyramide (feu), le cube (terre), l'octaèdre (air), l'icosaèdre (eau) et le dodécaèdre (éther), et qu'il attribue à chacun d'eux la figure qui lui convient.

Pour l’Égypte ancienne, chaque personne possédait cinq attributs : un corps (une matérialité organique), un cœur (une instance mentale), une âme (une participation à l'éternité divine), un nom (un statut social) et une ombre (une présence au monde).

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[1] L’anagogie (du grec anagogikos élévation) est une notion ascétique qui désigne l'élévation de l'âme vers les choses célestes, et en théologie l'interprétation d'un texte qui cherche à passer du sens littéral vers un sens spirituel ou mystique. On parle aussi pour ce procédé d'anagogisme.

[2] Action d'ordonner le rythme.

[3] Plutarque, né à Chéronée en Béotie vers 46, mort vers 125, est un philosophe, biographe, moraliste et penseur majeur de la Rome antique. Grec d'origine, il est considéré comme un médio-platoniste, il s'opposa dans certaines de ses Œuvres morales ou Moralia aux courants stoïciens et épicuriens.

[4] Réformateur religieux et philosophe présocratique. Il serait né aux environs de 580 av. J.-C. à Samos (une île de la mer Égée au sud-est de la ville d'Athènes). On établit sa mort vers 495 av. J.-C., à l'âge de 85 ans. Il aurait été également mathématicien et scientifique selon une tradition tardive. Le nom de Pythagore (étymologiquement, Pyth-agoras : « celui qui a été annoncé par la Pythie »), découle de l'annonce de sa naissance faite à son père lors d'un voyage à Delphes.

[5] Diodore de Sicile est un historien grec du 1er siècle av. J.-C., contemporain de Jules César et d'Auguste, auteur de la Bibliothèque historique.

[6] La numération grecque de l'Antiquité était double : on pouvait écrire les chiffres et les nombres soit au moyen de signes dits « acrophoniques » correspondant grosso modo à la première lettre de leur nom en grec ancien, soit au moyen de lettres, comme en numération hébraïque ou arabe. On connaît également un système de numération scientifique, inspiré des mathématiques babyloniennes. Actuellement, ce sont les chiffres arabes que l'on utilise le plus fréquemment en Grèce. Greek Pi classical.

[7] (384-322 avant notre ère) est un philosophe et polymathe grec de l'Antiquité. Il est avec Platon, dont il a été le disciple à l'Académie.

[8] Né en 428/427 av. J.-C. et mort en 348/347 av. J.-C. à Athènes. Philosophe antique de la Grèce classique.