2 livres pour instruire les App∴ et les Comp∴

Les Arts Libéraux

L’Expert retourne le cartouche des Arts Libéraux pour en donner lecture au Récipiendaire. Au REAA cette action se déroule au Plateau du Sec Surv.  À Memphis-Misraïm elle se déroule à l’Orient, devant le plateau du Vénérable Maître.

 Ce dernier peut ainsi y lire :

GRAMMAIRE, RHÉTORIQUE, LOGIQUE, ARITHMÉTIQUE, GÉOMÉTRIE, MUSIQUE, ASTRONOMIE.

Le premier groupe est appelé Trivium : Grammaire, Rhétorique, Logique (Les arts du verbe, de la parole)

Le second est appelé Quadrivium : Arithmétique, Géométrie, Musique, Astronomie (Les arts du nombre - la musique étant envisagée sous l’angle de rapports numériques)

Une fois de plus, on constate qu’il s’agit d’un triangle avec les 3 premières matières et d’un carré avec les 4 suivantes. Pourtant, son inventeur n’était pas Franc-maçon. Il s’agit de Martianus Capella[1]. Au travers de neuf livres, l’auteur présentait une somme de connaissances aussi bien littéraires que scientifiques. Cet ouvrage avait une vertu quasi initiatique au travers d’un récit mythologique.

Règle et Levier en main (REAA - Français)/Équerre et Compas (MM)

Il est utile de découvrir la lecture du rituel qui est faite au Memphis-Misraïm et du sens qui est donné à chacun des 7 Arts :

LE VÉNÉRABLE :

Ce Voyage, mon Frère/ma Sœur, représente la troisième année des études de l’Initié. Il est bien évident que le Maçon se doit, pour prétendre à la Maîtrise parfaite, d’être un homme instruit et non un ignorant. Il est utile de vous présenter ces sept sciences, bien classiques, sous un jour particulièrement évocateur de leur action en vous-même, par vous-même, à l’égard d’autrui.

LE SECRÉTAIRE :

La Grammaire consistera, pour le Maçon, dans la juste observation d’un parler et d’une orthographe correcte, du langage et de la terminologie maçonnique en Loge, des prescriptions rituelles (ouvertures et fermetures de Travaux, Cérémonies initiatiques), du port des « décors » traditionnels, exacts, complets, enfin de l’usage également correct des gestes et des attitudes probatoires.

La Rhétorique permettra au Maçon d’exprimer élégamment et clairement ce qu’il est susceptible de communiquer à autrui. Comme ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, il éprouvera peu à peu le besoin, avant de prendre la parole, d’acquérir l’art du rythme, de mettre en ordre instantanément et préalablement ses propres idées. Il aura ainsi observé la vieille devise maçonnique : « Ordo ab chao… »

Le Temple maçonnique, sous son vocable de Loge, ne tire-t-il pas ce nom du grec logos signifiant le rôle éminemment occulte de la parole ?

La Logique est l’outil essentiel de la Raison. Elle est l’art de constituer méthodiquement l’échafaudage de nos idées, l’art de régler l’usage des facultés de l’entendement, de lier nos concepts. Voir les difficultés sous toutes leurs faces, percevoir de façon exacte, comparer, juger avec connaissance et justesse, discourir avec netteté sont les conditions mêmes d’une bonne logique.

L’ORATEUR :

L’Arithmétique est la science des Nombres et de leur maniement. L’étude de leur symbolisme est essentielle pour le Maçon car les Nombres (nous ne disons pas les Chiffres, qui ne sont que leurs idéogrammes), permettent d’accéder à la philosophie et à la métaphysique. « Tout est arrangé d’après le Nombre… » nous dit Jamblique, citant le « Ieros Logos » de Pythagore, ce que Salomon, emblématique Grand Maître de la Maçonnerie Universelle, exprime en son Livre « La Sagesse » en nous disant : « Mais Toi, Ô Éternel, tu règles toutes choses avec la Mesure, le Nombre et le Poids. »

La Géométrie est indiscutablement elle aussi, la science du Maçon. « Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre… », déclarait Pythagore. Celui qui voudra se donner la peine de rechercher en ses théorèmes essentiels la métaphysique qui y est secrètement incluse, celui-là pénètrera dans un mystérieux et merveilleux « jardin »… Le lourd parfum des Mystères antiques y flotte toujours. En son centre, d’où irradient les grandes allées de la pensée initiatique, se dresse, immuable et tutélaire, l’Arbre Royal de la Philosophie par excellence, celui du grand et divin secret des Nombres…

La Musique, dans le même climat pythagoricien du monde antique, ne désignait pas seulement la science des harmonies sonores, mais encore les neuf sciences essentielles personnifiées par les neuf Muses. Le terme Musique vient en effet du nom même des Muses. Ce dernier est issu du grec mousa, participe présent de maomaï, forme primitive de maïno : penser, comprendre, s’exalter. Quoi de plus significatif ? Ne parle-t-on pas de la « joie de connaître » ? Il est bien évident, en effet, que le Maçon se doit d’être un homme instruit et instruit au maximum.

L’Astronomie, ainsi que l’indique l’origine grecque de ce terme (aster : astres, et nomos : lois), est la science des mouvements des corps célestes. Tenez-vous toujours bien informé des divers progrès accomplis en cette science, qui est assurément la plus belle de toutes, puisqu’elle implique la connaissance de la plupart des autres. Elle nous éclaire également sur notre valeur relative et les rapports qui relient notre globe terrestre au reste de l’Univers. La vue du firmament étoilé est génératrice, immuablement, des pensées les plus élevées.

Ces arts sont appelés aussi sciences libérales (qui libèrent). La Bible nous dit : « La Sagesse s'est bâtie une maison, elle en a sculpté les sept colonnes » (Proverbes ; 9,1).

Pour les Grecs neuf Muses, filles de Mnémosis, présidaient aux arts libéraux (qui rendent libres) : Histoire (Clio), Musique (Euterpe), Comédie (Thalie), Tragédie (Melpomène), Danse (Terpsichore), Élégie (Érato), Poésie lyrique (Polymnie), Astronomie (Uranie) et Éloquence (Calliope). On peut peut-être envisager que ce sont les muses qui ont donné le qualificatif au synthème pavé mosaïque. Pour Ilsetraut Hadot[2], lorsque Cicéron parle d’artes liberales, il ne s’agit absolument pas pour lui d’une liste de sciences en nombre déterminé. En principe, ces arts libéraux comprennent toutes les sciences qui sont dignes d’un homme libre. En fait, Cicéron fait un certain choix entre ces sciences ; ce choix ne coïncide pas du tout avec les sept arts libéraux qui nous sont connus par le Moyen Âge […]. Pour Cicéron, ce qui compte, c’est l’étude de la littérature grecque et latine, de l’histoire, de la philosophie (la dialectique comprise), de la rhétorique et du droit romain.

Le premier tome de l'architecture de Philibert de L'Orme conseiller et aumosnier ordinaire du Roy, début XVIe siècle évoque la nécessaire connaissance de nombreux arts pour être architecte ; le Maçon étant l'architecte de lui-même [3].

Lisez la suite et terminez votre instruction : Suite dans le manuel 

[1] Martianus Minneus Felix Capella (c. 360 – c. 428) vécu à Carthage. Il était écrivain, poète, théoricien de la musique, philosophe.  Il est l'auteur des Noces de Philologie et de Mercure, une encyclopédie allégorique en neuf livres a servi de manuel et de référence durant un millénaire.

[2] Née Ludolff le 20 décembre 19281 à Berlin, est une philosophe et historienne de la philosophie, spécialiste du stoïcisme, du néoplatonisme et de philosophie antique en général.

[3] Source BnF Gallica, à partir de la p. 10 : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k85636g/f28.item (consulté le 11octobre 2021).